A propos de Zuhaitz, par Simone Dompeyre, directrice artistique des rencontres Traverse Vidéo

Zuhaitz désigne l’arbre en basque, son champ sémantique dépasse un seul domaine de sens, le film éponyme dépasse aussi un simple domaine de sens, et très augural, le titre se cantonne au terme sans autre expansion qui en définirait l’usage.

Certes, l’arbre est du paysage de piedmont, il donne ses branches au feu de camp individuel, il est au centre du village quand un bruit de scie connote sa chute pour le rituel païen de sa coupe.

Le projet de  Zuhaitz cependant embrasse davantage une poétique des éléments dont certes il fait partie comme synecdoque de la terre et métaphore de la croissance qu’un regard ethnologique de cette pratique répétée chaque mois d’août par les villageois du pays basque espagnol. La fête n’est vue que de loin, les danseurs se fraient un passage  entre les spectateurs sur la place ou empruntent la rue…et le groupe des villageois n’advient, capté en plongée, sans distinction d’aucun d’eux que selon une longue surimpression gardant la trace de la nature environnante.

Ni tambourin ni txistu mais une composition électroacoustique débutant sur une stridence inattendue sur le fond noir du premier plan alors que le titre s’efface et se plaisant au désaccordé de la musique. Inversement ce fonds sonore n’ignore ni les éclats du feu, ni les crépitements des bûches comme plus loin le flux de l’eau et est privilégiée une famille expliquant à son enfant devant les constellations, ce que sont la Grande et la Petite Ourse ou pourquoi les moustiques sont attirés par la peau ou la chaleur de leur feu…l’Espagnol parlé s’accorde aux maisons du village, mais les danseurs de très loin aperçus sont basques, ce que dénotent plus reconnu que décrit, leur costume traditionnel avec chapeau pointu, espadrilles dont les lacets enserrent la jambe gainée de blanc, le rouge du corsage, le chevalet autour de la taille et le plumet de crins de cheval tenus par chacun à la main ou le flambeau.

La vie villageoise s’avère une strophe de cette poésie et préfère la litote pour les activités de l’homme fussent-elles ritualisées ou simplement festives.

Elle privilégie d’autres lieux du monde et ainsi débute dans la surimpression d’éléments et antagonistes et essentiels l’un l’autre : le feu dans l’eau

Le feu,  tout au long décliné, des flammes actives dont l’origine est d’abord cachée, occupent le champ, puis se sur-impressionnent à l’eau au son réitéré. Le feu sur lequel une main passe, alimenté par le père avec une brindille, ou parce que hors champ, il use de sa hache. Le feu pour l’enfant qui s’en approche.

L’eau sur le lit caillouteux, l’eau tourbillonnante, l’eau du paysage en clausule, rivage de cailloux avec une silhouette solitaire, colline arborées…sans paroles ajoutées.

Zuhaitz est vidéopoème, son discours est celui créé par ce montage images/sons jamais bavard mais toujours à fleur de oreille et de son regard.

Et sa tonalité  de calme étrangeté s’inaugure avec la figure d’une pouliche blanche, crinière si longue et longue queue oscillant à sa marche  et à la panse arrondie – est-elle gravide- elle avance sur la prairie en pente, broutant l’herbe mais déjà sous le flux en surimpression déjà de l’eau puis du feu.

 

Alors se souvenir de cet autre texte- de mots cette fois- de Sarah Ouazanni : « C’est d’abord un rêve nocturne/puis un assemblage de rêves/ un texte qui devient matière. »  et simplement changer « rêve » par « images vues ».

Simone Dompeyre